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RAMESSEUM

 

 

Ramesseum Centre

Ramesseum Périphérie

Les numéros dans le texte se rapportent à ceux contenus dans le plan détaillé.

Le texte est de Christian Jacq in « Les Grands monuments de l'Egypte Ancienne » [librairie Académique Perrin] 1986

 

Le grand Ramsès II se devait de nous laisser un temple funéraire à sa mesure. Il n'y manqua point mais, cette fois, son ouvre colossale passa bien mal l'épreuve du temps. Au sud-est de la colline de Cheikh Abd el-Gournah, on découvre avec étonne­ment et une certaine tristesse, à la lisière des cultures, les ruines d'un énorme temple baptisé le Ramesseum. Tout, ici, était gigantesque, ce qui força l'admiration des voya­geurs anciens.

Dans la première cour, en avant du deuxième pylône, un colosse foudroyé donne la mesure des dimensions géantes du temple. Ce « soleil des princes » (nom donné au colosse) atteignait 18 m de haut et pesait plus de mille tonnes. En contraste avec cette puissance supra-humaine, le travail de la pierre est d'une finesse et d'une précision sur­prenante.

Comme ce colosse des colosses, le Ramesseum est malheureusement en bien mauvais état. Son plan s'analyse ainsi: un monumental pylône d'accès (n° 1 sur le plan), une première cour (n° 2), un second pylône (n° 3), une seconde cour (n° 4), une salle à colonnes (n° 5), trois petites salles à quatre colonnes en enfilade (n° 6) et le Saint des saints, chapelle à quatre colonnes (n° 7). De cet ensemble, qui s'inscrivait dans un rec­tangle de 260 m sur 170, il ne subsiste qu'une partie d'un pylône d'entrée, quelques élé­ments de la seconde cour, des piliers osiriaques, des colonnes de la partie centrale de la salle hypostyle et des pans de murs épars.

Quelques merveilles, cependant, nous attendent au milieu de cette désolation. En examinant le pylône d'entrée (n° 1) depuis la première cour, on s'aperçoit que de nom­breuses scènes sont conservées. Comme il se doit, à cet endroit précis d'un temple, Ramsès se manifeste sous l'aspect du guerrier qui abat ses ennemis comme la lumière anéantit les ténèbres. Bien entendu, on retrace des épisodes de la bataille de Kadesh, également évoquée à Karnak, Louxor et Abou-Simbel, pour prendre trois exemples parmi d'autres. Sur le massif nord du pylône, celui de gauche lorsqu'on est de dos par rapport au fond du temple, l'armée de Ramsès II s'empare de plusieurs forteresses sy­riennes qui ne résistent pas à un assaut bien mené; ceux qui les occupaient sont obligés de se rendre, comme le prouve le groupe de trois personnages ligotés devant chacune des places fortes. Or trois, en hiéroglyphes, signifie le pluriel et plus encore la totalité. On indique donc que tous les Syriens qui avaient tenté de s'opposer à la marche en avant de Pharaon ont été réduits à la raison. Les Syriens s'étaient alliés aux Hittites que Ramsès avait décidé de combattre chez eux, loin de ses propres bases, pour prévenir toute tentative d'invasion. Après une série de petites victoires, l'armée égyptienne dresse le camp, protégé par une enceinte de boucliers. C'est l'occasion de nous exposer, avec force détails pittoresques, le quotidien des soldats en campagne. Il ne semble pas avoir été très différent hier d'aujourd'hui : corvées diverses, préparation des repas, entretien du matériel. Cette quiétude ne dure pas. Le camp est attaqué par les Hittites qui sont du­rement repoussés. Inquiets d'avoir échoué, ces derniers décident d'utiliser la ruse. Ils envoient des émissaires qui se font prendre et avouent rapidement, lors d'un interroga­toire, la position des forces hittites. Les informations qu'ils révèlent sont fausses. Elles entraîneront Pharaon dans un piège que ne soupçonnent ni ses conseillers ni ses offi­ciers supérieurs.

La suite de l'histoire est contée sur la face intérieure du massif sud du pylône, celui de droite. C'est la victoire totale de Ramsès II qui est essentiellement un triompha­teur symbolique. Symbolique, car les faits historiques sont différents du récit du temple. Il y eut, en réalité, « match nul » entre Égyptiens et Hittites qui campèrent sur leurs po­sitions avant de préférer la paix à la guerre et d'utiliser l'arme beaucoup plus douce des mariages diplomatiques. Ramsès II n'était pas un banal général avide de combats et de sang. Il est le Fils de la lumière, le représentant de Dieu sur terre. A ce titre, il peut s'aventurer dans un pays chaotique, obscur, où s'agitent ennemis et rebelles, des esprits maléfiques prêts à ruiner toute civilisation pour assouvir leurs passions. Le Kadesh dont on nous parle est le lieu d'un combat mystique, même si les détails réalistes donnent une grande véracité à la furieuse mêlée où Pharaon, sur son char, met en déroute les troupes hittites. Devant lui, ce ne sont que cadavres percés de flèches, soldats tombés à terre, fuyards qui se dispersent. La cité de Kadesh, pour échapper à la destruction, se soumet à Pharaon. Dans le fleuve Oronte flottent morts et chars démantelés. Un détail précis, outre l'intervention d'Amon investissant le roi d'une puissance divine, indique bien la fonction de Ramsès : il est comparé à un soleil qui sort du temple. De ses rayons, qui sont ici ses armes de chef de guerre, il dissipe les ténèbres. Combien est net le contraste entre l'ordre, le calme, la sérénité des Égyptiens et le climat de panique qui règne chez leurs adversaires !

A gauche de la première cour, vers le sud, avait été édifié le palais de Ramsès II. Dans son temple de Medinet-Habou, Ramsès III, grand admirateur de son glorieux an­cêtre, reprendra un dispositif semblable. Cela permettait au pharaon de résider tout près du temple, de donner ses audiences et de gérer les affaires publiques sans s'éloigner du sanctuaire où il remplissait quotidiennement ses devoirs sacrés.

Du second pylône (n° 3 sur le plan), il ne reste que le massif nord. Sur sa face interne, une nouvelle description de la bataille de Kadesh où le pharaon perce les Hittites de ses flèches. Un grand nombre d'ennemis périt noyé. Au-dessus de la partie conservée, des rites en l'honneur de Min. En présence de la reine Nefertari est offerte la première gerbe à un taureau blanc, animal sacré du dieu. C'est Pharaon en personne qui a manié la faucille pour couper cette gerbe. Min, virilité du cosmos, était le « tau­reau de sa mère », l'animal fécondateur par excellence. Mais le rite n'avait pas qu'un aspect agraire: il se complète par un lâcher d'oiseaux vers les quatre points cardinaux pour que l'univers entier apprenne le nom du pharaon monté sur le trône. Vient enfin une étrange procession où les prêtres portent sur leurs épaules l'effigie de plusieurs pharaons, dont Ménès, le fondateur de l'Égypte. Cela souligne le souci constant des rois d'Égypte de se situer dans une lignée, dans une tradition, de respecter le message des ancêtres dont le nom égyptien est « ceux qui sont devant nous », c'est-à-dire ceux qui nous ouvrent le chemin par leur sagesse.

Dans la salle hypostyle (n° 5), qui comportait 48 colonnes à l'origine, régnaient encore des bruits de combat, à côté des scènes d'offrandes. Ramsès II continuait à s'em­parer des forteresses ennemies pour l'éternité, faisant don de sa victoire aux dieux, tandis qu'une noble procession où figurent fils et filles de Pharaon se dirige vers le temple couvert. Ramsès associe sa nombreuse descendance à ses triomphes.

Dans la petite salle à huit colonnes (n° 6 sur le plan), c'est l'astrologie sacrée qui est à l'honneur. Pendant que la barque d'Amon se déplace dans le monde d'en bas, les corps célestes se meuvent dans les cieux, là où vogue la barque du soleil qui accueille Pharaon pour un voyage infini. Autre représentation remarquable: Pharaon est assis sous l'arbre de la ville sainte d'Héliopolis, un perséa. Il est d'une absolue sérénité, tandis qu'Atoum, le créateur, Thot, le Maître des hiéroglyphes, et Sechat, la régente de la « Maison de vie » où sont formés les initiés, inscrivent ses noms sur les feuilles de l'arbre. C'est un rite essentiel: en nommant ainsi le roi, ces trois divinités, particulièrement compétentes en matière de science sacrée, lui donnent vie.

Le reste du temple intérieur est malheureusement ruiné. Au-delà du Saint des saints et de l'enceinte proprement dite, étaient édifiés de nombreux magasins en brique, voûtés dont une partie subsiste. On entreposait là des nourritures et des boissons. Il existait aussi des dépôts de papyrus et, sans doute, comme dans chaque temple de quelque importance, une Maison de vie où les futurs initiés apprenaient les hiéro­glyphes, la magie et la médecine, entre autre disciplines. Il est rare que de telles constructions, qui n'étaient pas destinées à la postérité, aient passé l'épreuve du temps. L'exemple du Ramesseum montre que les temple, outre sa fonction sacrée, avait aussi celle de centre économique. Une vie intense animait le pourtour de l'enceinte. Les Sanctuaires d'Égypte, aujourd'hui superbes, dans leur isolement, étaient autrefois entou­rés de semblables entrepôts, d'ateliers, de logement de prêtres. Malgré son état de dé­gradation, le Ramesseum est parvenu à nous léguer cette vision d'un monde où travail quotidien et ouvre sacrée n'étaient pas séparés.